L’association Génération futures a publié les résultats d’une enquête réalisée sur une trentaine d’enfapesticidesnts montrant qu’on retrouve un nombre substantiel de molécules de pesticides dans leurs cheveux. Nous sommes tous plus ou moins exposés à ces produits chimiques, principalement au travers de notre alimentation. La question qui se pose est évidemment celle de la dangerosité des pesticides pour la santé ; celle-ci revient régulièrement dans les médias car certaines études sont inquiétantes. Dans le doute, pourquoi ne pas les interdire purement et simplement ? Ce n’est pas si simple !

L’usage des pesticides : ce que dit la règlementation

Précisons d’emblée que ce n’est pas la jungle. Les usages de pesticides sont réglementés : les produits doivent bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché après évaluation scientifique de leurs effets sur l’homme et sur l’environnement. Des règles d’épandage doivent également être respectées par les agriculteurs. L’exposition des consommateurs est enfin contrôlée par le biais du dispositif des LMR (limites maximales de résidus) : les produits alimentaires ne doivent pas dépasser certaines concentrations afin d’éviter les seuils de toxicité.

Le système est basé sur un principe simple : c’est la dose qui fait le poison. Une exposition faible aux substances actives des pesticides ne devrait donc pas avoir d’impact pour la santé humaine. On n’en est cependant plus si sûr car ce principe est en train d’être remis en cause avec la problématique des perturbateurs endocriniens, qui ont des effets même à des doses infinitésimales. Par ailleurs, on ne connait pas toujours les interactions entre les différentes substances : c’est ce qu’on appelle l’effet cocktail.

On le voit, la question de l’innocuité est complexe, et n’a pas fini d’évoluer. Cela veut dire que des substances autorisées peuvent ensuite être interdites. En gros, un pesticide va être considéré comme sans danger à un moment donné, mais il n’est pas exclu que l’expertise scientifique évolue par la suite. La molécule ne sera plus utilisée, mais pourra encore rester des années présente dans l’environnement, et donc continuer à nous contaminer (exemple : le chlordécone aux Antilles).

La dépendance de l’agriculture aux pesticides

Notre modèle d’agriculture, dite conventionnelle (ou intensive), est basé sur l’utilisation d’intrants : ce sont les fertilisants et les pesticides. Ces produits permettent d’augmenter, au moins sur le court/moyen-terme, les rendements. Pour ce qui est des pesticides (on parle aussi de produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques), le but est de protéger les cultures pour éviter les attaques d’insectes, de champignons, de maladies. C’est bien pratique ! Le revers de la médaille, on le connait : l’environnement est contaminé, jusqu’à l’homme.

L’agriculture biologique apparaît évidemment comme la solution pour arrêter de recourir à ces produits chimiques polluants. Il faut cependant savoir que cette alternative à l’agriculture conventionnelle reste très minoritaire. Fin 2012, le bio ne représentait même pas 4 % de la surface agricole en France. Les agriculteurs restent majoritairement sceptiques face aux implications en termes de baisse des rendements et d’augmentation de charge de travail. Par ailleurs, un arrêt brutal de l’usage des pesticides entrainerait immanquablement une baisse des productions agricoles, et donc une augmentation des prix. On peut cependant essayer de faire évoluer les choses sur la durée.

La question de la diminution des usages

Les pesticides se retrouvent dans notre environnement, et sont difficiles à éliminer. L’exemple de l’eau du robinet est assez parlant : dans certaines régions, les coûts de potabilisation augmentent, car la ressource est polluée. Il subsiste également des interrogations sur le plan sanitaire. Les pouvoirs publics ont donc mis en œuvre différentes actions pour réduire les usages.

La loi Grenelle I a tout d’abord posé en 2009 un objectif de réduction de moitié des usages de pesticides d’ici 2018 (article 31). C’est le plan Ecophyto, qui contient des mesures incitatives, notamment à destination des agriculteurs. Des objectifs ambitieux avaient également été posés en termes de conversion à l’agriculture biologique (20 % des surfaces à horizon 2020). Dans les deux cas, on sait déjà que l’on n’y arrivera pas ! L’Etat a par ailleurs mis en place un dispositif intermédiaire entre le conventionnel et le bio : c’est la certification HVE (haute valeur environnementale), qui suppose une modération de l’usage des intrants. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les agriculteurs ne se bousculent pas au portillon pour le moment. Ca va prend beaucoup de temps de faire évoluer les pratiques, et les pouvoirs publics ont fait le choix d’une approche non-contraignante.

Une loi du 6 février 2014 se montre plus volontaire en ce qui concerne les usages des pesticides par les collectivités locales et les particuliers (oui, il n’y a pas que les agriculteurs qui y ont recours !). Ceux-ci seront purement et simplement interdits à compter de 2020 pour les collectivités locales (pour les entretiens des espaces verts par exemple), et à compter de 2022 pour les particuliers (notamment ceux qui jardinent). Ces échéances peuvent sembler assez lointaines pour le moment.

Comment diminuer son exposition aux pesticides ?

On peut tout d’abord ne rien faire si l’on considère que le risque est faible voire nul. Dans le doute, on peut cependant être tenté de s’appliquer le principe de précaution à soi-même, et de limiter au maximum son exposition. La première des choses à faire, c’est d’en utiliser le moins possible, notamment lorsque l’on jardine ! Concernant les denrées alimentaires que l’on achète, on peut choisir de privilégier les produits issus de l’agriculture biologique, voire d’un circuit court où l’on sait que le producteur n’utilise pas ou peu d’intrants. Il est enfin conseillé de rincer ses fruits et légumes. Des gestes que l’on ne fait pas toujours, jusqu’à la prochaine étude alarmiste relayée dans les médias !

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