Catégorie : Consommation

Qu’est-ce que l’obsolescence programmée ?

obsolescence programméeUne proposition de loi déposée par le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé a remis sur le devant de la scène le concept d’obsolescence programmée. Ce mal toucherait un certain nombre d’appareils de notre quotidien. Mais quel est-il, comment reconnaître ses symptômes, et comment y remédier ?

La notion d’obsolescence programmée

Une étude de l’ADEME définit l’obsolescence programmée comme un « stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique ». Un rapport parlementaire paru en 2011 rappelle que le concept trouve son origine dans un essai de Bernard London de 1932, qui l’érige en solution pour favoriser la croissance économique. On en trouve une des premières applications à grande échelle avec les ampoules à incandescence, dont la durée de vie  a été artificiellement limitée par un cartel de professionnels pour obliger les consommateurs à en acheter beaucoup plus souvent. D’autres écrits sont disponibles sur la question : un rapport du CNIID et des Amis de la Terre de 2010 qui dénonçait déjà certaines pratiques des professionnels, et plus récemment, un rapport du centre européen de la consommation.

Il existe plusieurs formes d’obsolescence plus ou moins condamnables. Ainsi, les effets de mode conduisent à ne plus utiliser un bien qui n’est pourtant pas encore bon pour la poubelle (les vêtements par exemple). Les industriels nous poussent à consommer en mettant en permanence de nouveaux produits sur le marché, à grand renfort de publicité. C’est de bonne guerre, et nous conservons notre libre-arbitre ! Il y a cependant plus grave, notamment lorsque le produit est conçu pour gêner voire empêcher sa réparation (des batteries des téléphones portables moulées dans la coque par exemple, la présence de vis à tête spéciale ou de rivets, des pièces d’usure quasiment inaccessibles, etc.). Il peut également s’agir d’inclure dans l’appareil une pièce essentielle qui va immanquablement casser (condensateur dans un écran plat, cuves en plastique des machines à laver). D’autres techniques sont encore plus insidieuses : ainsi, par le jeu des mises à jour, un ordinateur ou un smartphone devient désagréablement lent, au point de vouloir en changer ; tout peut également être fait pour décourager la réparation, et en premier lieu le prix de celle-ci (« votre appareil est économiquement irréparable, ca tombe bien, on a une offre spéciale en ce moment sur un nouveau modèle »).

Une volonté de légiférer pour contraindre les professionnels à agir

La proposition de loi évoquée vise à lutter contre l’obsolescence et à augmenter la durée de vie des produits. Il s’agit d’étendre progressivement la durée de la garantie légale de 2 à 5 ans (ce qui inciterait les fabricants à construire plus durable pour avoir un taux de retour le plus bas possible), d’obliger les professionnels à mettre à disposition pendant 10 ans les pièces détachées essentielles au fonctionnement du produit, ainsi que les notices de réparation. Un délit d’obsolescence programmée serait également créé, défini comme  toute technique par laquelle un fabricant ou un importateur vise à raccourcir délibérément la durée de vie ou d’utilisation potentielle de ce produit afin d’en augmenter le taux de remplacement. Celui-ci serait réprimé de 2 ans d’emprisonnement et/ou 37 500 € d’amende.

Que cette proposition de loi soit adoptée ou non, la révélation des techniques d’obsolescence programmée indigne à juste titre les consommateurs. Des entreprises commencent d’ailleurs à surfer sur la tendance, et notamment Malongo qui met en avant une cafetière garantie 5 ans :

Et en attendant qu’est-ce qu’on fait ?

Il est tout à fait possible d’entrer en résistance face aux discours et méthodes de certains professionnels. Ainsi, il est possible de tenter de réparer soi-même son grille-pain fétiche, éventuellement avec l’aide de sites Internet tels www.commentreparer.com, ou le site américain www.ifixit.com, pionnier du genre. Si vous n’avez pas le courage d’ouvrir votre boite à outils, il est possible de s’adresser à des associations d’insertion (et notamment les Ateliers du bocage, de la communauté Emmaüs).

On peut également choisir d’acquérir un produit un peu plus cher, ce qui sera (espérons-le !) synonyme de meilleure qualité, et donc d’une durée de vie allongée ; cela compensera le surcoût à l’achat. Si l’on a un petit budget, on peut acheter d’occasion, et également revendre ce qui fonctionne encore, cela profitera à d’autres.

Enfin, lorsque la panne d’un appareil électrique semble définitive, il convient de déposer le moribond en déchèterie ou dans un point de collecte (trouvez le/la plus proche ici). Il sera dépollué et recyclé, ce qui limitera son impact environnemental.

En tout état de cause, restons informés ! La meilleure sanction vis à vis d’un professionnel qui pratiquerait l’obsolescence programmée, c’est encore de ne pas ou plus acheter ses produits.

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Paradoxes et limites de la croissance selon le PIB

pibLa question de la croissance est omniprésente dans le discours politique. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Il s’agit généralement d’une croissance du PIB, acronyme de produit intérieur brut, indicateur qui mesure la richesse d’un pays en termes de production de biens et de services sur une période donnée.

Le propos est ici de montrer les limites de cet outil qui semble avoir le monopole pour évaluer les performances d’un pays (avec son corollaire, le PIB par habitant, qui ambitionne de donner une idée du niveau de vie).

La première critique réside dans le fait que le PIB ne tient pas compte de l’environnement. L’utilisation rationnelle des ressources naturelles apparaît secondaire, tout comme une gestion de celles-ci à long-terme (consommons-les tant qu’on peut, on verra après). Une activité polluante va générer du PIB, et c’est également le cas des opérations de dépollution. Cela n’incite donc pas à faire de la prévention. Ainsi, par exemple, les pollutions diffuses de l’eau vont permettre ensuite à des entreprises de facturer son épuration ; la production élevée de déchet conduira à la mise en place en aval de filières de traitement.

La deuxième limite du produit intérieur brut est son côté mécanique, qui ne tient pas compte de l’utilité de l’activité, et de sa valeur sur le plan humain. On cite généralement l’exemple des accidents de la route, qui génèrent du PIB (soins médicaux, achat de nouveaux véhicules, réparations, …). Une catastrophe naturelle ou un attentat va également contribuer au PIB. Et de manière générale, les guerres sont positives pour l’indicateur, de leur déroulé à la période de reconstruction. Ainsi, le PIB permet mal d’augurer du bonheur et du bien-être d’une population.

Troisièmement, le PIB ne tient pas compte de ce que l’on appelle l’auto-production : si vous avez un potager, les fruits et légumes que vous récolterez ne contribueront pas au calcul de l’indicateur. De même, à chaque fois que vos talents de bricoleur vous permettront de vous dispenser des services d’un professionnel, vous n’apporterez pas votre écot à la richesse nationale. Si en plus vous envisagez de construire votre maison tout seul, la récession nous guette !

Si l’on ajoute à cela que l’ensemble des activités bénévoles ne sont pas prises en compte, l’on va pouvoir conclure que la meilleure façon de favoriser la croissance économique sous le prisme du PIB, c’est de faire du « business » tous azimuths. En poussant le raisonnement par l’absurde, il faudrait que tout soit rémunéré : plus d’acte gratuit, plus de bénévolat, plus de service rendu. Vendez les produits de votre potager à votre voisin, vous achèterez les siens. Rémunérez le conjoint qui ne travaille pas mais s’occupe des tâches ménagères. Ne donnez plus gracieusement des cours de piano au fils de votre ami d’enfance. Tout devrait être facturé et déclaré pour booster le PIB, et permettre à l’Etat d’opérer quelques ponctions salutaires pour la réduction de notre déficit public.

Les messages véhiculés par le PIB peuvent donc faire l’objet de quelques réserves à l’aune des préceptes du développement durable. Rappelons que ce concept ne nie pas l’économie, mais celle-ci n’est qu’une de ses composantes, un de ses trois piliers, qui coexiste avec les enjeux sociaux et la prise en compte de l’environnement. Depuis 2003, la France est d’ailleurs dotée d’une stratégie nationale du développement durable, adoptée pour 5 ans. La deuxième mouture prévoit, à côté du PIB et du taux de chômage, d’autres indicateurs pour évaluer les progrès sur des objectifs tout aussi louables, avec notamment :

  • la productivité matière (qui permet de tendre vers une économie plus sobre en consommation de ressources naturelles)
  • les sorties précoces du système scolaire
  • la participation des femmes aux instances de gouvernance
  • les émissions de gaz à effet de serre
  • l’abondance des populations d’oiseaux
  • l’espérance de vie

Le fait est que l’on entend beaucoup moins parler de ces indicateurs ! En somme, ce n’est pas tant le PIB en soi qui est le plus critiquable, mais sa propension à occulter le reste.

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Ces entreprises pour qui l’environnement a bon dos

Lorsque l’on pose la question aux français, ceux-ci se déclarent dans une grande majorité concernés par l’environnement. Une étude d’Ethicity l’a encore récemment confirmé. Les entreprises l’ont bien compris, et utilisent régulièrement notre conscience environnementale pour leur propre compte. Pour la plupart d’entre elles, il s’agit surtout de vendre plus et de dépenser moins.

  • Vendre plus : les consommateurs sont prêt à acheter les produits les moins impactants pour l’environnement. Qu’à cela ne tienne, certaines entreprises vont donc multiplier les références à la nature, sans que cela ne soit justifié par des efforts particuliers en la matière. On va donc trouver des emballages d’un beau vert tendre, éventuellement agrémentés de logos faits maison (on pense notamment aux lessives, où les fabricants font preuve d’une grande créativité) ainsi que des allégations dans la publicité : tel produit se revendique comme écologique, tel autre s’érige bon pour la planète ou est estampillé durable. C’est ce qu’on appelle le greenwashing ; on retrouve beaucoup d’exemples de ces pratiques contestables sur le site de l’Observatoire indépendant de la publicité. Le problème, c’est qu’à trop communiquer à tort et à travers, les entreprises diluent et décrédibilisent les initiatives qui ont une véritgreenwashingable plus-value environnementale, et notamment les deux labels officiels que sont NF environnement et l’écolabel européen. Ce sont ces deux logos qu’il faut privilégier lorsque l’on veut acheter des produits ou des services meilleurs pour l’environnement. Les labels officiels n’existent cependant pas pour toutes les gammes de produits et de services, loin de là (pour connaître les produits et services concernés, cliquez ici). Pour le reste, c’est un peu la cour des miracles
  • Faire des économies : dans ce cas de figure, certaines entreprises vont s’abriter derrière le paravent environnemental pour diminuer leurs coûts ; un exemple ? La facture électronique ! De grandes entreprises comme Orange, SFR, Bouygues Telecom, EDF ou encore Gaz de France nous la proposent régulièrement, et toujours dans l’optique de « faire un geste pour l’environnement ». Est-ce là leur première motivation ? On peut raisonnablement penser que non ; en effet, la suppression d’une facturation papier leur permet surtout des économies considérables (moins de papier, plus d’affranchissement, diminution de personnel, …). En plus, on nous transfère les coûts d’impression si on veut garder une trace papier ! Le fait est qu’il peut effectivement y avoir un avantage environnemental à la facturation électronique, mais il semble à tout le moins normal que le client ait alors un avantage financier à opter pour ce biais, puisqu’il va permettre de réaliser des économies. Les entreprises en question se gardent bien de le faire ; elles demandent donc aux consommateurs d’avoir une conscience environnementale et en tirent tous les bénéfices ! Autre exemple : les serviettes dans les hôtels, qu’on nous demande de ne pas changer pour protéger la planète ; hum hum, il s’agit peut-être là aussi avant tout de protéger la rentabilité de l’établissement. L’Etat n’est pas en reste : Bercy enjoint désormais les contribuables à ne plus recevoir leur déclaration d’impôt par la Poste, toujours dans la perspective d’être en phase avec les préceptes du développement durable. Mais ne blâmons pas trop les pouvoirs publics, si le ministère des finances fait des économies, c’est certainement pour baisser nos impôts ! (hum hum)

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